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Artiste Plasticienne

Collier de plumes

46 x 36 x 8.5 cm

Laines mérinos peignées et teintées, nappe de laine blanche, perles de rocaille et bulle de verre (Julie Lefebvre, artisane d’art verrier).

2025, 24h30 de travail

Un cercle de turquoise sombre et dense flotte comme une nébuleuse suspendue, faite de fibres nocturnes, de plumes silencieuses et de filaments célestes. C’est une orbite, une enveloppe gravitationnelle, où s’annonce le récit de la création.

À l’intérieur, l’anneau blanc ponctué de corail évoque les éléments premiers : le feu, l’air, la peau, le sang, la vie. Des ramifications tendent vers l’extérieur, semblables à des veines de bois ou des branches d’un organe lumineux. On y lit la tension vitale, le jaillissement discret d’un souffle en mouvement. Une multitude d’expiration de vie qui se propage dans l’espace.

 Au centre, le noyau-orange palpite comme une graine incandescente dans l’immensité. Ce n’est plus un pigment solaire prisonnier du verre : c’est une onde. Elle irradie, se propage, danse, éclaire. Sa force est dans son intention : une énergie contenue sur le point de se libérer. Un volcan qui ne rugit pas, mais qui chuchote une révolution intérieure, une transformation positive. Le corail l’accompagne, en crépitant de vitalité.

Tel un tissage du vivant, le vide (matérialisé par le blanc) et le plein (les couleurs) s’entrelacent, lumière et ombre s’épaulent, leur union devient la clé d’une authenticité essentielle. Chaque répétition du motif ne fait que renforcer son unicité, comme une incantation sacrée où le fragment devient le tout.

Au cœur de nombreuses traditions africaines et amazoniennes, les colliers de plumes sont bien plus que des ornements. Ce sont des talismans, des interfaces entre le visible et l’invisible. Ils incarnent le lien avec les ancêtres, les esprits de la nature, les forces cosmiques. Chaque plume choisie — par sa couleur, son origine, sa légèreté ou sa puissance — devient langage, invocation, protection dans ce monde ou passage vers autre chose.

Chez les peuples amazoniens, les plumes sont souvent issues d’oiseaux rares et sacrés. Le collier, porté lors de rituels chamaniques, canalise l’énergie guérisseuse, transmet les chants de la forêt, et tisse une alliance entre l’homme, le végétal, l’animal et le cosmos. Dans cette œuvre textile, les effets de plume ne sont pas anecdotiques. Elles sont convoquées comme symboles de l’élévation, de la connexion, de la réconciliation entre les contraires : l’humain et l’esprit, la matière et l’énergie.

Cette symbolique vient enrichir le cercle énergétique : le feutre devient cérémonie, la matière devient chant, le cœur devient tambour. Dans certaines traditions africaines, les colliers de plumes marquent le pouvoir spirituel. Mais surtout, ils sont la mémoire des Hommes et celle de la vie avant eux et autour d’eux. La sculpture, dans cette lecture, devient alors un artefact de transmission : une carte vibratoire de l’origine, un collier gigantesque offert au monde pour rappeler que nous sommes tous issus des liens et du battement invisibles.

L’œuvre ne se donne pas à comprendre. Elle se laisse traverser par l’émotion et nous enveloppe de sa douce puissance. Comme une onde bienveillante, elle touche les couches intimes de celui qui regarde, réveille les plis invisibles de son être, et murmure à l’oreille du sensible : « Je suis matière, mais je suis aussi mémoire, intention, vibration et énergie. »

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